Un éloge du paysage de Samuel Craquelin

Monsieur le Maire,
Monsieur le sous-Préfet,
Messieurs les Députés,
Monsieur le Président du Département,
Mesdames, Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs

Monsieur le Maire, merci à vous d’accueillir cette exposition, rétrospective de 25 années de créations paysagères du cabinet Craquelin.

Merci à l’équipe des jardins suspendus pour leurs gentillesse et leur attention.

Cette idée me tenait à cœur pour une raison simple ; partager un moment agréable avec une partie de celles et ceux qui de près ou de loin sont acteurs du paysage.

Ainsi, cette petite fête est aussi la vôtre car sans vous, elle n’aurait pas lieu.

Vous êtes élus à tous les échelons, vous faites partie de l’administration, vous êtes entrepreneurs, consultants, agriculteurs, architectes, urbanistes, artistes, chefs de chantier, ingénieurs, archéologues, écologues, conservateurs des monuments historiques, géomètres, pépiniéristes, maçons, paysagistes, propriétaires de parcs et jardins, présidents d’associations de sauvegarde de la nature et du patrimoine… vous êtes, toutes et tous la représentation de ceux qui, au quotidien, travaillent à la définition de ce mot si complexe qu’est le paysage.

Je veux remercier mon équipe qui compose le cabinet : (je commence par les dames !) Angeline Duboc, Solenne Corre, Jennifer Courcoux, Olivier Fidelin, Antoine Coufourier et bien sûr tous ceux qui ont travaillé dans ce bureau depuis 25 ans. Je remercie particulièrement Damien Fichet qui a travaillé avec moi à la réalisation des planches d’exposition et à l’édition du catalogue de l’exposition.

Merci à mon équipe d’avoir la patience de me supporter et de faire tout ce que vous pouvez pour satisfaire le but que nous nous assignons : réussir les projets avec toutes les difficultés que cela comporte.
Merci aussi à toutes celles et ceux que j’oublie.

Cette exposition que vous venez de visiter reprend en fait quelques exemples variés de réalisations dans les territoires, l’espace public ou privé.

Puis-je me permettre de vous rappeler en quelques mots ce que cette profession veut dire sans vouloir faire le professeur.

L’architecte Paysagiste est le concepteur et le maître d’oeuvre des projets et des études, de la composition de l’espace extérieur depuis le jardin jusqu’au territoire, il est complémentaire et partenaire des autres métiers dont vous faites tous partie, le paysagiste ne se confond pas pour autant avec aucun de ces métiers. Son savoir faire n’est pas seulement technique puisqu’il sait intégrer la dimension subjective, culturelle et sociale du paysage et mettre en oeuvre sa propre créativité ; ni seulement architectural, puisqu’il connaît le végétal, le sol, l’eau et aussi la complexité, l’évolution et l’incertitude du milieu vivant.

Face au mitage et à l’étalement urbain, à l’anarchie des entrées de ville, à la banalisation de l’espace en général, aux difficultés de mettre en oeuvre le renouvellement urbain, à la déprise agricole, aux friches industrielles, il faut une profession structurée capable d’organiser l’espace par une réflexion globale et continue.

Tout cela relève de la compétence des architectes paysagistes.

Il travaille sur toutes les échelles et dans tous les types d’environnement.

Ces grandes familles de missions sont les études générales, la planification, la programmation, les études particulières de conception et de maîtrise d’œuvre, puis les conseils et les expertises.

J’en arrête là pour cet exposé (dont la définition que je viens de donner est inspirée du CITP de Genève et reprise par le FFP), tout simplement pour vous dire que ce métier est passionnant, riche, complexe et sensible.

Ce métier n’est pas bien connu, en réalité il a besoin de plus d’ouverture encore, pour mieux répondre aux besoins des temps qui s’accomplissent à une vitesse effrénée et tellement bouleversante.

Depuis l’aire de la cueillette, puis l’aire de l’agriculture, puis l’aire de l’industrie, nous vivons actuellement dans l’aire de la communication sous toutes ses formes qui souvent « zappe » l’essentiel et gomme les fondamentaux au point que même les paysagistes survolent parfois les réponses.

Nous devons tous tendre vers l’imaginaire, un imaginaire futile et fécond.
Nous devons redonner du sens aux choses par le paysage, résultante de l’accumulation des actes humains et naturels sur cette terre.
Nous devons éduquer à tous prix les yeux des jeunes générations pour les rendre critiques et constructifs dans leurs actes à l’égard de l’environnement.
Nous devons créer des lieux de vérité qui prennent en compte le monde d’avant et le monde contemporain.
Nous devons réapprendre à contempler.
Nous devons apprendre à économiser l’espace et le respecter.
Nous devons cultiver notre jardin pour mieux comprendre le sens à donner au merveilleux.

Tout est question de cercle vertueux pour que notre terre nourricière soit heureuse – ainsi l’homme sera heureux.

Voilà l’attachement et les valeurs que je défends avec vigueur, avec mon équipe dès que nous le pouvons.

Trop de blessures et de coups de griffes abîment l’homme et son environnement, c’est à nous de tout faire pour transmettre des écoles de vie.

Ainsi, l’émotion renaît, l’énergie se refabrique en l’homme qui, au contact des autres transmettra cette énergie pour la rendre inextinguible, telle la flamme qui brûle dans le cœur de chacun.

S’attacher à la nature plutôt qu’au matériel rend tellement heureux.

Oui, Mesdames et Messieurs, c’est ça le paysage. C’est cette « alchimie », ce mélange de choses qui produisent en l’homme cette émotion.

A l’heure des codes, des formats et des moules de mêmes dimensions, nous devons être plus artistes que moutons de Panurge.

Je suis frappé de voir à quel point on nous oblige nous, concepteurs, à rentrer dans des formats en faisant abstraction de l’artiste.

Je ne m’étendrai pas plus sur le sujet. Cependant, je pense que la liberté artistique doit s’exprimer pleinement pour mieux effacer ces codes.

Au fond, ce métier se construit par l’observation, le dessin, la pratique du terrain et la culture générale. L’attachement à la terre avec tout ce que cela comporte de respect et d’humilité doit conduire le concepteur à produire des réponses essentielles et sans fioritures.

C’est à la rencontre de ces dimensions autour du dialogue que se fabriquent les réponses sans jamais perdre de vue le bien-être des personnes.

Je ne pourrai m’empêcher une fois de plus de conclure ces quelques mots pour vous redire l’impérieuse nécessité de « construire » notre avenir sur le socle de l’esthétique, de l’écologie et de l’économie au sens d’un développement que je qualifierai de soutenable.

Pour demain, il nous faut préparer un monde à la hauteur de l’homme dans toutes ses dimensions.

A NOUS DE JOUER.

Lorsque les enfants pourront reboire l’eau des rivières tout ira bien !

                                                         Samuel CRAQUELIN
Le 25 juin 2010 à 12h00

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