Interview d’Hervé Rattez pour le magazine OZY

paris

Hervé RATTEZ, Directeur du CAUE du Calvados, a été interviewé par la journaliste Rozena CROSSMAN pour le site anglais OZY sur la thématique de l’urbanisme parisien.

Selon vous, quel est l’héritage d’Haussmann le plus important et pourquoi ?

H.R. Avoir fait de Paris la ville la plus emblématique de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, « La Capitale du XIXe siècle » selon Walter Benjamin. Les percées, superposition d’un tracé nouveau qui se pose sur la trame de la ville séculaire assure la mobilité, la mise en scène de l’espace publique et des bâtiments, propres au développement de la ville libérale.

C’est aussi la naissance de la conception moderne de l’immeuble et de l’appartement pour la « famille restreinte » qui s’impose au même moment.

Qu’est ce que les urbanistes de Paris et de banlieues d’aujourd’hui peuvent apprendre de ce qui s’est passé sous Haussmann ?

H.R. La nécessité d’adapter la ville aux évolutions de la société d’aujourd’hui.

Quel rapport a l’urbanisme d’Haussmann, avec les problèmes d’isolation géographique et sociale des banlieues parisiennes d’aujourd’hui ?

H.R. Les travaux d’Haussmann ne peuvent pas être à incriminer quant à cette question de l’isolement des banlieues parisiennes. On pourrait plutôt incriminer éventuellement l’aménagement de la ceinture des H.B.M. de Paris en lieu et place de l’ancienne fortification de Thiers. Car contrairement aux percées haussmanniennes qui liaient entre eux les quartiers de Paris, avec cette seconde opération dans les années 1920-1930, on a « oublié » de prolonger les grands axes parisiens vers la banlieue. La réalisation du périphérique durant les années 1950-1960, sur la zone de non edificandi de cette ceinture achèvera de mettre en place une coupure nette entre un intra-muros et un extra-muros.

Le vrai problème à l’origine de la question des « banlieues » dont vous voulez parler, celle dite des « quartiers difficiles » est très complexe à analyser. Retard énorme en France quant à la construction de logements qui donne lieu durant les années 50-60 à une politique fondée sur la quantité de plus en plus importante de logements construits sur des fonciers vierges et peu coûteux. Ce sera ensuite la disparition de la population initiale des ces quartiers vers les habitats pavillonnaires qu’on remplacera par une population immigrée qui se retrouve ainsi regroupée dans des lieux qui sont devenus ségrégatifs du fait de l’arrêt de la mobilité sociale.

Est ce que l’homogénéisation des bâtiments faits par Haussmann est une tactique que l’on doit garder aujourd’hui ?

H.R. L’homogénéité de l’architecture des bâtiments de la ville haussmannienne est une tradition ancienne et pertinente dans laquelle les immeubles de logement « font la ville » modestement les uns à côté des autres dans le respect de l’alignement et de l’espace publique. Chacun tient sa place même s’il essaie de s’affirmer et tous ensemble ils font la ville et son identité. Les monuments (l’Opéra, La Madeleine…) sont valorisés par la mise en perspective qu’autorise cet urbanisme maîtrisé et discipliné d’ilots fermés et homogènes.

Anne Hidalgo a subit l’accusation qu’elle veut « s’affranchir du vieux Paris », une critique qui peut être comparée au surnom d’Haussmann : le « Démolisseur », qu’en pensez vous ?

H.R. Il y a une unité de la ville de Paris. Sans tomber dans un conservatisme frileux, je pense que Paris n’est pas Londres. il convient de ne pas céder aux effets de la mode qui poussent à construire des tours pour au contraire continuer la politique de renouvellement urbain de Paris sur lui-même. Pour le dire plus nettement, je pense qu’il y a de nombreuses opportunités de beaux projets à Paris et que quelque tours ailleurs que là où celles-ci ont un sens appréciable (la Défense) ne sont pas indispensables dans une des villes les plus denses du monde.

Les grands architectes qui construisent en France sont en général des architectes formidablement talentueux. C’est un bonheur de parcourir les magnifiques projets réalisés à Paris. Ne serait il pas plus pertinent de leur confier les lieux emblématiques du grand Paris à construire et à structurer plutôt que quelque tours isolées dont la pertinence en terme d’usage est loin d’être avérée. (Cf. article Archiscopie, n°1 Janvier 2015).

Si demain les toits de Paris, cette deuxième ville posée sur la ville des façades de pierre Haussmannienne étaient classées au patrimoine mondial de l’humanité, imagine-t’on qu’ils soient ponctués de « Cornichons » et d’Aiguilles »…

Et si enfin l’ambition d’Haussmann était de construire la ville idéale et fonctionnelle du XIXe siècle, est ce que nous avons besoin à Paris intra-muros de tours vertigineuses pour atteindre cette ambition aujourd’hui?

Ainsi que l’avait fait en son temps Henri Sellier avec ses « Cités-Jardins » qui entourent Paris, pourquoi ne pas construire autour de la ville intra-muros, en périphérie, en banlieue, une couronne de tours ponctuant des axes structurants qui diffusent la centralité. Les tours deviennent de grands jalons très visibles de la ville archipel en devenir, gommant ainsi par les radiales qui franchissent le périphérique, la césure actuelle.

Qu’est ce qui est le projet le plus important concernant l’urbanisation de Paris aujourd’hui et pourquoi ?

H.R. Avoir la volonté politique forte de traduire les ambitions du grand Paris. Construire la ville territoire qui s’étendra de Paris au Havre, réaliser les aménagements et les bâtiments majeurs qui jalonneront ces espaces ambitieux qui abriteront les lieux de la vie quotidienne.

Le projet le plus important de demain, c’est un aménagement de territoire tenu, visionnaire, qui se traduira en des espaces publiques, en des équipements et des logements confortables pour tous et riches de sensations urbaines et spatiales.

Ainsi que le disait David Mangin, ce qui serait extraordinaire ce serait d’améliorer l’ordinaire de « nos vies ».

  Lire l’article sur le site www.ozy.com

 

The City of Light had a Mastermind, by Rozena CROSSMAN (3 avril 2015)

Contagion and rebels flourished in the clogged, crooked streets of 19th-century Paris, until one man — dubbed the Demolisher — cleared the path to a modern, industrialized France.

Georges-Eugène Haussmann preferred to be called Baron, and while he made no friends among poor Parisians in the 1850s, he’s the reason behind the City of Light’s archetypal wide avenues, romantic wrought-iron balconies and blue-gray roofs. And 165 years later, another Parisian leader seems to be using Haussmann-like inspiration to conceive of a brighter tomorrow.

Haussmann was charged with tearing down and rebuilding the city by Emperor Napoleon III, nephew of the notorious Napoleon Bonaparte. The emperor had assumed power after a coup d’état in 1851 and was hell-bent on reinventing the capital — then a dirty, crowded and disgruntled metropolis plagued by cholera outbreaks and civil rebellion. Seeking glory and peace of mind in the creation of a state-of-the-art urban hub, he chose the ambitious Haussmann, a loyal civil servant with flair, as prefect of the Seine in 1853, handing him the reins for a radical makeover.

Haussmann boldly attacked city planning while accounting for a host of urban woes, including a rapidly increasing population, surging industrialization, traffic congestion, overcrowding, poor sanitation and social unrest. From his efforts over a 16-year period, a majestic new Paris rose from the city’s medieval ashes, giving Napoleon III a capital he could proudly showcase and forever changing the infrastructure of an ancient city that was home to more than 2 million people.

The Baron — a nickname that stuck — introduced huge boulevards, the likes of which Paris had never seen before, to improve transportation and give residents more space to breathe. The wide avenues were also strategically designed to quell uprisings, affording authorities a greater expanse to chase insurgents who would hide in the crooked, narrow passages. The new plan brought in more light, too, brightening the dark, cramped hovels Parisians had endured for centuries. And at the end of every boulevard stood an impressive national monument, placed in the center of a rounded intersection anchoring the arterial roads in a star-like formation. This provided unfettered views of the city’s treasures from all angles. The best example? The famed Arc de Triomphe, which presides over the Place de l’Étoile and can be seen more than a mile away from the other end of the Champs-Élysées.

But the makeover consisted of more than a complex network of Haussmann’s luxurious boulevards, says Laurent Alberti, head of the Department of History of Architecture and Archaeology of Paris. He “also equipped the city with schools, hospitals, etc.,” Alberti notes, providing “equipment the city lacked.”

Haussmann’s grand vision may have introduced much-needed modernization, but it suited wealthy Parisians’ — and the emperor’s — tastes more than the working class’s. The fancy boulevards required razing entire neighborhoods, with Haussmann himself estimating that he’d displaced some 350,000 people. Tenants later returned to find ivory buildings covered by slanted roofs two shades bluer than the overcast sky. Now considered distinctly Parisian, these apartments lined the new avenues to address a dire housing shortage and to establish the avant-garde neoclassical style for which Napoleon III is known. But the new units were far too costly for the displaced workers, whose numbers continued to grow. The bourgeoisie slowly took over, forcing the former tenants farther and farther from the city center.

Today, Paris faces another housing crisis — a focal point for Mayor Anne Hidalgo, who has pledged to add 10,000 housing units to the city each year for both low-income and middle-class families. She’s also facing pollution concerns and a call to reduce the city’s carbon footprint. While Hidalgo’s urban agenda is much more considerate of salary levels than Haussmann’s, she too has lofty plans for updating the city’s transportation and housing infrastructure in unprecedented ways.

For example, she wants to extend Metro lines outside the city and is holding contests for designs to convert unused office spaces, historic buildings and plots of land into apartments, green spaces and even skyscrapers. She believes building up is more environmentally friendly than building out. It sounds progressive, à la Haussmann, but not everyone is thrilled at the prospect of high-rise structures jutting up from the city’s periphery. Hervé Rattez, a professor at the National School of Architecture in Normandy, is among the many who are concerned.

Haussmann’s ambition was “to construct the ideal, most functional city of the 19th century,” Rattez says. He questions the need to mar Parisians’ lovely views with “vertiginous towers” in search of a similar goal today.

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