Le CAUE du Calvados vous dévoile le texte ayant remporté le plus de votes pour le prix des internautes du concours d’écriture « Vies aux jardins ».

PULITZER RAPÉ 14 juillet. Garden Party chez Elysée.

Ils sont tous là. Tous ceux qui comptent. Ceux qui ont de l’oseille, les grosses légumes, comme ceux qui n’ont plus un radis. Les moches, ou ceux, qui comme Flore et Pomone ressemblent à des statues antiques et correspondent aux canons de la beauté normée. Ceux qui triment, les laborieux, considérés comme des outils de production et ceux qui se laissent aller, enflent et profitent sous le soleil d’été.

La fête bat son plein. Elle est bien arrosée. Les conversations vont bon train. Parmi les présents, Baveux, l’escargot, passe sans se presser d’un groupe à l’autre et tend l’antenne. Il espère récolter des informations pour son enquête qui enrichira l’article qu’il a entrepris d’écrire et qu’il destine au « Monde du Botanique », la feuille de chou locale. Maxime, le nain de jardin, lui a confié un mystère. Le feuilliste espère bien résoudre l’énigme et mettre au jour la vérité.

Le gnome est très contrarié. Quelqu’un a jeté une pierre dans son jardin et il se demande bien qui peut lui en vouloir ainsi. C’est un sanguin, Maxime, et Baveux sait bien qu’il vaudrait mieux que le lutin ne tombe pas lui-même sur le coupable car il serait tenté de lui faire manger les pissenlits par la racine. L’échotier, motivé, se presse benoîtement. Si sa sagacité lui permet de découvrir le fauteur de trouble, sa notoriété sera assurée, son image de nuisible effacée et le jeteur de caillou sera exfiltré dans le panier à salade, en-grillagé mais sain et sauf.

Depuis le début de la réception, le limaçon n’a pas beaucoup avancé dans sa réflexion. Pas facile de faire parler les convives sans attirer l’attention et susciter la méfiance. Baveux doit faire preuve de toute son expérience pour essayer de se glisser sans se faire remarquer dans les cercles fermés. Pas simple non plus de questionner adroitement… Pas toujours avec bonheur… par exemple quand il se fait rabrouer parce qu’il a laissé des traces sur le miroir dans lequel Narcisse aime à se mirer. Ou qu’il oublie la susceptibilité du Camélia qui choisit avec soin ceux avec qui il échange et qui ne supporte pas qu’on l’appelle Adam… « Il faut prononcer le m et dire AdaMe… ce n’est pas compliqué quand même ! » et l’hélix de repartir tête basse en saluant Adame le camélia…

Pas moyen de faire parler Caudine, la fourche, qui conformément à sa réputation lui promet immédiatement de lui faire passer un désagréable moment… il file, si l’on peut dire… Le journaliste n’a pas plus de chance avec Méduse, connu pourtant pour ses traits d’humour piquants, mais qui, lorsqu’il entend parler de l’affaire, assure que lui aussi s’y est cassé les dents… et se tait, consterné. Baveux avait fondé beaucoup d’espoirs sur le râteau et finalement il repart après en avoir pris un…

Les autres tentatives ne sont guère plus fructueuses. Le bobardier interroge ici ou là, sans succès. Il n’obtient pas les informations recherchées. S’enquière de la santé psychique de Maudit, le gazon, surveillé par son psy depuis qu’il s’est scarifié mais qui depuis, ne cesse de se faire mousser. De l’angoisse mutilante à la mégalomanie…

Il croise aussi René, son informateur habituel, qui officie la plupart du temps en « souterrain », mais là aussi, chou blanc ! La taupe n’a rien vu !

Le pisse-copie continue quelques temps encore sa quête… On lui raconte des salades, qu’il apprécie mais qui ne nourrissent pas son article… on l’envoie paître en lui conseillant de se mêler de ses oignons… Le pince-fesse se terminant, las, considérant que les carottes sont cuites, il se résout à accepter son échec et décide de regagner sa cassine.

C’est au moment où il glisse en direction du muret au fond de l’enclos, que le gastéropode, l’espoir en berne, entend un vrombissement qui se rapproche de plus en plus. Le bruit devient même assourdissant. Au vacarme s’ajoutent des projections fulgurantes. De quoi s’agit-il ? Baveux ne tarde pas à obtenir la réponse à ses questions. Des cailloux ! Des pierres de toutes tailles ! Certaines le frôlent dangereusement, avant d’atterrir plus loin dans l’herbe. Mais oui bien-sûr ! Il va savoir qui est responsable ! Sa gloire est assurée ! Il touche au but ! Il jette un œil derrière lui.

Elysée ! La propriétaire du jardin. Coiffeuse en semaine, elle passe la tondeuse le week-end. C’est elle la responsable. Cela va faire un scandale ! La responsabilité vient du plus haut ! Et c’est lui, Baveux, qui a découvert le pot-aux-roses ! Son article lui vaudra les plus grands honneurs !

Il sourit. Béat.

C’est à cet instant précis qu’il sent la lame de la machine vociférante littéralement lui broyer la coquille et le reste du corps. Fin de l’enquête.

Pulitzer râpé !

Le gagnant remporte une carte cadeau culture d’un montant de 100 euros.