L’architecture et l’urbanisme de la Reconstruction

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La connaissance et l’action

Le C.A.U.E. du Calvados a voulu participer à la connaissance et à la valorisation de la Reconstruction dans notre département en y apportant une contribution originale.
Il ne s’agit pas tant de proposer l’histoire de cette grande aventure collective que de mettre à jour, par une meilleure compréhension de sa genèse, les qualités de forme, d’organisation, de technique qui caractérisent l’architecture et l’urbanisme des années 50.

Deux actions complémentaires ont été engagées dans ce but.
La première a été la mission photographique qui a été confiée au photographe Philippe Delval et qui a fait l’objet d’une publication récente suivie d’une exposition au Mémorial de Caen de février à avril 2010.
La seconde est l’ouvrage que nous publions aujourd’hui, suite à l’étude réalisée par l’historien Patrice Gourbin et qui est le résultat de trois années de recherche en archives.

Au-delà de ces deux publications, au sein du C.A.U.E., photographe, historien et architecte construisent un point de vue sur l’état actuel de la Reconstruction qui aboutira prochainement à la diffusion d’un cahier de recommandations architecturales.
Ces regards croisés, sensibles et bienveillants appellent à la redécouverte de ce patrimoine quotidien si proche qu’il en devient invisible.

Le paysage architectural et urbain d’après guerre dans le Calvados est remarquable et incontournable.
Le département ayant été dévasté, la tâche démesurée de Reconstruction a touché toutes les formes de structure bâtie : agricole, civique, domestique et religieuse. Des villes et villages entiers furent reconstruits créant un environnement architectural et urbain exceptionnel. L’échelle territoriale de ce mouvement inédit dans l’histoire urbaine a consisté en une véritable reconfiguration de la ville et du bâti ancien.
Les villes reconstruites dans notre département sont surtout « des villes nouvelles », monolithiques, par opposition aux villes anciennes diverses qui se sont bâties au fil des siècles. Dès lors, les mêmes stigmates de l’usure et du vieillissement mais aussi des inadaptations aux nouveaux usages et aux nouvelles exigences apparaissent aujourd’hui.
Les problèmes posés sont généralisés bien que d’une manière générale par rapport aux constructions récentes, les bâtiments de cette période aient plutôt bien vieilli car ils ont été mieux construits du fait des matériaux utilisés : utilisation de la pierre calcaire à Caen, du granit à Vire, du schiste, de la brique, voire même du pan de bois de manière anecdotique à Pont-l’Evêque par Robert Camelot. Même les constructions en ciment armé, du fait de leurs finitions et des modénatures mises en œuvre, ont moins souffert que ce que l’on doit déplorer ailleurs pour des réalisations plus récentes.

Il existe une tendance à « patrimonialiser » certains monuments de la Reconstruction et leur qualité architecturale évidente inviterait à s’en réjouir si elle n’était accompagnée dans le même temps de la mutilation, voire de la disparition pure et simple, de bâtiments plus modestes qui abritent les plus quotidiens des usages.
Les villes de la Reconstruction sont entrées dans un cycle de modification et d’évolution majeur entamant ainsi un processus de sédimentation qui est la définition même de l’urbain. Les substitutions, les surélévations, les extensions s’additionnent aux modifications de façades touchant tous les secteurs de la ville reconstruite.
Le respect plus que la protection doit porter sur l’aspect unitaire d’ensembles homogènes, ordonnancés et « disciplinés » qui a été si présent dans les doctrines de la Reconstruction, et ce respect doit se décliner en attentions intelligentes aux qualités spécifiques de chaque bâtiment.
Pour toutes ces réadaptations ou réutilisations, un travail de réinterprétation, d’ajustage, comme dirait Nicolas Michelin, est à faire afin de répondre aux attentes d’aujourd’hui. Arriver à concevoir des projets judicieux, généreux et respectueux, c’est bien ce type de projet que ces ensembles appellent. Voilà me semble-t-il un travail enthousiasmant qui nous concerne tous, habitants, élus et concepteurs.
Le paysage urbain des villes reconstruites se caractérise par de grands espaces libres, des rues larges avec à l’arrière des rues de services, un système d’espaces distendus aujourd’hui envahis par les voitures, devenus au fil du temps un univers minéralisé, saturé et circulé.

Par rapport aux espaces différenciés de la ville historique, les grands vides chargés d’automobiles peuvent devenir un atout pour composer de nouveaux espaces publics ambitieux qui prendront en compte les transports publics, les piétons, les vélos et les espaces verts afin d’y retrouver le goût de la ville.
Les ensembles urbains de la Reconstruction peuvent offrir pour l’avenir des cadres de vie aérés, paysagés, attractifs, acceptant plus facilement que les villes anciennes, la présence d’architectures du futur.
Au-delà du patrimoine architectural pour lequel il nous reste à imaginer les moyens de le préserver sans l’embaumer, l’architecture du quotidien et les espaces publics des villes reconstruites devront faire l’objet d’une métamorphose complète et ambitieuse.

Conduit dans des conditions difficiles, le grand chantier de la Reconstruction des villes et villages détruits en 1944 témoigne de la vitalité de la société d’après guerre. Soyons fidèles à l’esprit de la Reconstruction en saisissant la formidable opportunité qui s’offre à nous pour retrouver cette même ambition architecturale et urbaine.
C’est parce que nous croyons qu’à la base de toute intervention pertinente il y a la capacité à voir et à comprendre que nous espérons que cette passionnante étude de Patrice Gourbin aura un large retentissement.
Connaître pour voir, voir pour aimer, aimer pour agir avec discernement.

Hervé Rattez
Directeur du C.A.U.E. du Calvados

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